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LE PRIX DE L'INEGALITE
Alain ARNAUD
« L’inégalité nous coûte très cher. Le prix de l’inégalité, c’est la détérioration de l’économie, qui devient moins stable et moins efficace, avec moins de croissance, et la subversion de la démocratie. »
Cette phrase est extraite de l’ouvrage Le Prix de l’inégalité qu’a publié en 2014 Joseph Stiglitz, prix Nobel d’Economie 2001. Le moins que l’on puisse dire, est que la montée des mouvements populaires à laquelle nous assistons dans le monde, et en France avec les Gilets Jaunes, apporte une claire démonstration de la pertinence de cette affirmation. Depuis longtemps nous disons et écrivons au CIRIEC que cette mondialisation, mal maîtrisée, au lieu de servir les populations, entraîne des règles du jeu qui créent toujours plus de richesse pour les très riches, plus de misère pour les plus pauvres, et désormais un nivellement par le bas des classes moyennes. Et plus nous avançons, plus ce creusement des inégalités devient insupportable, alors que les progrès de tous ordres sont là pour améliorer les conditions de vie. La frénésie financière qui a agité les agents économiques au cours de ces deux dernières décennies, l’absence d’un partage équitable de la création de valeur entre le capital et le travail, accentuée par une transformation numérique qui va bouleverser profondément l’organisation de la production économique, ont semé les germes d’une crise de société profonde. Ces germes sont en train de lever car la société d’aujourd’hui ne connaît plus sa finalité première, celle de satisfaire les besoins de l’Homme, dans la paix, le partage et la solidarité. Il ne faut donc pas s’étonner que la confiance se soit perdue ces dernières années au fur et à mesure de l’impuissance des pouvoirs publics à endiguer les crises et les injustices, quelle que soit d’ailleurs la nature du régime politique mis en place. Le ressenti d’injustice est encore amplifié par les pratiques excessives que l’on connaît : spéculation financière, fixation de rémunérations abusives des hauts dirigeants, surexploitation des ressources et des biens communs…, Cette évolution est très préoccupante pour la démocratie, car les dangers les plus significatifs sont déjà bien réels : c’est le rejet des institutions, c’est la défiance de toute expertise comme vient de le souligner France-Stratégie dans l’un de ces derniers rapports, c’est la montée de la violence y compris chez les plus jeunes, c’est le développement des extrémismes de tous ordres. Les populations sont en effet sans perspectives et inquiètes face au chômage structurel, aux risques écologiques, aux risques sanitaires, mais aussi aux risques de guerre que l’on croyait pourtant révolus, justement grâce aux institutions internationales et à l’Europe. En 2017, nous invitions le nouveau président de la République, son gouvernement et la représentation parlementaire qui les soutient, à peser de tout leur poids pour apporter des réponses à trois enjeux majeurs : - redéfinir un projet européen à l’aune des grandes problématiques de ce monde que sont les inégalités croissantes, la sécurité, la préservation de l’environnement, et faire partager ce projet par les populations auxquelles les pouvoirs politiques serinent depuis trop longtemps un discours par trop négatif sur l’Europe, pour le plus souvent se dégager de leurs responsabilités propres ; - rétablir des règles du jeu saines dans une mondialisation dominée par un modèle économique et financier qui se nourrit des crises en enrichissant les plus riches et en appauvrissant les plus pauvres. L’enjeu est de passer d’un modèle basé sur le libre-échange commercial et sur le dogme du marché concurrentiel à tout prix, dont la régulation est le plus souvent inopérante, à un modèle qui organise un meilleur partage de la création de valeur, un modèle qui satisfasse les besoins des populations et maintiennent les solidarités nécessaires face aux aléas de la vie, un modèle qui soit garant concret de l’intérêt général tout en sauvegardant les biens communs et l’environnement ; - garantir la souveraineté des Etats et des populations qu’ils représentent, en organisant avec l’Europe un puissant rapport de force pour contrer les velléités des géants du commerce et de la finance d’organiser un ordre mondial au-dessus des Etats, et pour juguler cette finance spéculative déconnectée de l’économie réelle. Rapport de force également pour réparer les effets nocifs d’une transformation numérique qui bouleverse nos sociétés, tout en s’appuyant sur les atouts qu’elle procure pour améliorer les conditions de vie pour tous. Force est de constater que 18 mois après, ces défis sont toujours à surmonter, et que pour des raisons multiples, ils deviennent même plus difficiles à relever. Les citoyens doivent donc prendre leur destin en mains, comme ils ont su le faire dans les grands moments de l’histoire. Les collectivités publiques, les organisations de l’Economie Sociale et Solidaire leur offre le cadre et leur expérience pour cela, et le CIRIEC en tant qu’organisme scientifique voué à la recherche et à l’information sur les modèles économiques qui servent l’intérêt collectif, héritier des travaux d’Edgard Milhaud collaborateur de Jean Jaurès, ne peut que se retrouver dans l’appel à la convergence et au retour aux « utopies concrètes » lancé par ESS-France et son nouveau président Jérôme Saddier.
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